Palmarès littéraire 2014 du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo


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Ce week-end, au Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, le prix Joseph-Kessel a récompensé Thomas B. Reverdy, pour «les Évaporés», publié chez Flammarion.

Le jury du Prix Joseph-Kessel était cette année présidé par Olivier Weber et composé de Tahar Ben Jelloun, Pierre Haski, Michèle Kahn, Gilles Lapouge, Michel Le Bris, Pascal Ory, Patrick Rambaud et Guy Seligmann.

Trois cartons et une valise, c est tout ce que Kaze a emporté avec lui cette nuit-là. Et, également, les raisons de sa fuite. Comment peut-on si facilement disparaître ? Ici, au Japon, on en a légalement le droit. D un disparu, on dit simplement qu il s est « évaporé ». Mais Yukiko, elle, ne veut pas renoncer à chercher son père, un père qu elle a pourtant quitté depuis des années pour vivre à San Francisco. Elle demande à Richard B., son ancien amant, de partir avec elle à la recherche de Kaze. Par amour pour elle, ce détective privé et poète à ses heures mènera l enquête dans un Japon « parallèle », celui du quartier des travailleurs pauvres de San ya à Tokyo, repaire pour des milliers d évaporés, et des camps de réfugiés autour de Sendai. Peut-on se débarrasser de son passé ? Refaire sa vie ? Ces questions sont au coeur de ce roman qui, sous ses dehors de roman policier et d histoire d amour, mène une véritable enquête existentielle. De façon poétique et sensible, Thomas B. Reverdy explore la part d ombre en chacun de nous, cette tentation d un « ailleurs si j y suis » et met en scène toutes les variations possibles de notre désir de fuite.

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Voici les lauréats des autres prix

♦ Prix Ouest-France / Etonnants Voyageurs : Lola Lafon pour «Petite communiste qui ne souriait jamais» (Actes Sud)

Retraçant le parcours d une fée gymnaste, qui, dans la Roumanie des années 1980 et sous les yeux émerveillés de la planète entière, vint, en son temps, mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records, ce roman est le portrait d une enfant, puis d une femme, évadée de la pesanteur, sacralisée par la pureté de ses gestes et une existence intégralement dévolue à la recherche de la perfection. En mettant en exergue les dévoiements du communisme tout autant que la falsification, par les Occidentaux, de ce que fut la vie dans le bloc de l Est, ce récit, lui-même subtilement acrobate, est aussi une passionnante méditation sur l invention et l impitoyable évaluation du corps féminin.

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♦ Prix Nicolas-Bouvier : Benny Ziffer pour «Entre nous, les Levantins» (Actes Sud)

Invitation au voyage, chronique subjective et piquante, déclaration d’amour insolente et bravache, exercice d’autodérision joyeuse, les carnets de Benny Ziffer sont tout cela à la fois. Ecrits d’une plume de poète voyou nourri de ce français chantant jadis indissociable du Levant, ils nous entraînent du Caire à Paris, en passant par Istanbul, Athènes et Amman, avec l’art des détours et des rencontres, dans la fréquentation des marges et la contemplation des multiples miroitements identitaires. D’une érudition débridée, drôle et légère, tour à tour railleur, sulfureux, nostalgique, l’auteur nous balade dans l’envers d’un Orient surprenant, passant sans transition de la Bible à Mark Twain, de Flaubert à Jésus et Cavafy, des bouges cairotes au désert jordanien, et nous rend aimable – mieux, désirable – un Levant d’aujourd’hui bigarré et porteur d’espoir. L’air de rien, avec une délicatesse et une élégance intellectuelle à la hauteur de l’enjeu, Benny Ziffer déploie ici une utopie sobre et rationaliste, un plaidoyer superbement provocateur et subversif pour un avenir proche-oriental réconcilié avec tous ses passés.

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♦ Prix Robert Ganzo de poésie : Dominique Sampiero

«Il faut quelqu’un pour mourir. Et quelqu’un pour regarder mourir. Deux présences au bord du monde. Une fleur, un vase. Un regard pour celui qui part, un regard pour celui qui veille. Ce don des larmes retenues, tissé dès le premier souffle entre la mère et l’enfant, laisse fléchir le monde doucement dans sa sagesse.»

La vie est chaude… Ce livre, dont Dominique Sampiero a souhaité me confier la publication, fait alterner de courts poèmes et des passages en prose. Deux modes d’expression pour exorciser deux peurs, sonder deux mystères : celui de la nuit et celui de la mort. «J’ai voulu qu’ils se frôlent, confie-t-il dans ces pages, qu’ils se touchent, à travers la fenêtre ouverte du livre. Comme ils le font déjà dans la vie.» La douceur des mots pour parler de la mort, ce qu’il faut de lumière pour parler de la nuit. La poésie nous réconcilie avec nos craintes. Celles et ceux qui rêvent le monde le front aux vitres le savent bien : que le jour laisse place à l’obscurité, que la mort succède à la vie donne de la valeur à l’existence. L’amour est l’or qui ouvre en nous les portes du soleil.

Dominique Sampiero est né en 1954 dans l’Avesnois (Nord). Romancier, scénariste, poète, il est l’auteur d’une cinquantaine de livres, publiés notamment chez Flammarion, Gallimard, Grasset et Lettres vives. Au cinéma, on lui doit l’écriture des films Ça commence aujourd’hui (Prix de la critique à Berlin) et Holy Lola réalisés par Bertrand Tavernier. En littérature Jeunesse, P’tite mère, publié chez Rue du monde, a reçu le prix Sorcières.

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♦ Prix «Gens de mer» : «Moby Dick» de Christophe Chabouté (Vents d’Ouest)

L adaptation magistrale d un classique de la littérature américaine

Des campagnes de pêche de plus de trois ans, les dangers de l’océan, la chasse elle-même où, armés de simples lances et harpons à bord de légères chaloupes, les marins s’exposent aux réactions redoutables et aux assauts furieux de cachalots de plus de soixante tonnes. En plus de la chasse, le travail harassant de remorquage, de dépeçage et de fonte du lard afin d’en extraire la précieuse huile ; souvent trois jours d’efforts continus sans le moindre repos… Les conditions de vie extrêmes de ces hommes, les dangers quotidiens où les matelots exorcisent leur peur en la muant en rage à l’encontre des cétacés qu’ils massacrent. Rage sournoisement attisée par cette folie de vengeance aveugle et obsessionnelle du capitaine Achab envers Moby Dick, le cachalot blanc qui lui a arraché la jambe par le passé.

Chabouté met sa vision personnelle et sa maîtrise du noir et blanc au service de ce classique de la littérature américaine. Une adaptation magistrale, fidèle au récit original et à l’esprit d Herman Melville, reflétant la frontière étroite entre l’acharnement et la folie, baignant dans le sang, l’huile et la sueur d’un navire baleinier de la fin du XIXe siècle.

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♦ Grand prix de l’Imaginaire a récompensé une dizaine de titres :

«Anamnèse de Lady Star» de L.L. Kloetzer dans la catégorie des romans francophones (Denoël, Lunes d’Encre)

Futur proche. Un attentat à Islamabad a provoqué une pandémie terrifiante. Les trois quarts de la population mondiale ont disparu. L’arme utilisée : la bombe iconique. Les coupables ont été retrouvés, jugés et exécutés. Mais certains se sont échappés. Parmi eux, une femme, leur inspiratrice, leur muse. Sa simple existence est un risque : tant qu’elle vit, la connaissance menant à la bombe reste accessible. Elle a disparu, n’a laissé aucune trace, pas l’ombre d’une ombre. Des hommes disent pourtant l’avoir rencontrée : savants, soldats, terroristes, ermites… Ont-ils rêvé ? Voici le récit d’une enquête, de l’Asie à l’Europe, des terres dévastées jusqu’aux sociétés hypertechnologiques de l’après-catastrophe. Un jeu de pistes, doublé d’une plongée dans les archives digitales de notre futur, avec le plus fou des enjeux : refermer la boîte de Pandore.

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«l’Homme qui savait la langue des serpents» d’Andrus Kivirähk (Attila) dans la catégorie des romans étrangers.

♦ Premiers prix Littérature-Monde : Carole Zalberg et Joseph Boyden.


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